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Affichiste, métier de voyou

“L’affiche est un média d’un autre siècle.” Ce sont les mots d’Alain le Quernec, affichiste français de renommée internationale. Si le métier se perd, l’exercice de création d’affiche, lui continue à forger les esprits de générations de jeunes graphistes. Retour sur un métier qui a peut-être finalement encore de beaux jours devant lui…



Mais qui es-tu, ALQ ?

Alain le Quernec (ALQ pour les habitués) n’a pas les mêmes valeurs que la publicité. Et cette indépendance, c’est ce qui lui a valu son succès. L’homme, qui a la réputation d’avoir mauvais caractère, admet “ne pas être d’une souplesse extraordinaire”. “Alors vous comprenez, à chaque fois que la publicité m’a approché, ça ne s’est pas vraiment bien passé. Parce que ma liberté de création passe avant tout. On ne peut pas m’avoir par le fric. C’est à prendre ou à laisser… Par contre j’accepte des tas de remarques ! (Rires)” L’ambiance est posée.

Sa vie suit l’évolution du métier. Tout jeune agrégé d’arts plastiques, il se lance dans le graphisme alors même que le mot n’existait pas encore dans le dictionnaire. “Si, si, je vous assure, prenez le petit Robert de 1968/1969, et regardez !” Premières affiches - politiques - et premiers succès. Puis Alain s’en va à l’Est pour étudier cet art auprès de l’École de l’Affiche Polonaise. Rencontre avec son maître. Pendant cette année de 1972, il étudie la propagande autour du graphisme en autodidacte. Cette même année, il devient champion de rugby de la République satellite. Un “holdup” selon lui - comme sa première place à l’agrégation d’arts plastiques d’ailleurs. Car il n’a jamais eu cette ambition. “J’essaie de me passionner pour tous les sujets, de ne pas être dans le bachotage. Mon ambition, c’est simplement d’être un bon.” Un bon, ALQ l’est, assurément.

Jusqu’à ses 50 ans, l’affichiste quimperlois n’a jamais été couché avant 2h du matin. “J’ai énormément bossé. J’étais un fou furieux du boulot, surtout au début en Bretagne. À l’époque, une affiche 40x60 en quadrichromie valait 30 fois plus cher qu’aujourd’hui ! Donc je passais un temps fou à trouver des solutions techniques pour que ça revienne le moins cher possible. “Mon boulot a suivi toutes les évolutions technologiques”. Et c’est bien pour ça qu’on est content de le rencontrer, Alain. Justement, parlons-en de l’évolution du métier.

C’est quoi le métier d’affichiste, au juste ?

“Le métier d’affichiste, à la base, c’est un métier de voyou.” Diantre ! Le breton s’explique : “Quand vous faites de l’art, vous êtes dans un musée ; les gens payent pour voir votre œuvre qui sera toute seule sur un grand mur blanc. Quand vous faites de l’affiche, c’est une image parmi des centaines d’autres dans la jungle urbaine.” Les gens ne cherchent pas à voir toutes ces images. Ils sont dans la rue pour aller au boulot, pour rencontrer Antoinette ou Émilie, pour aller faire leurs courses au supermarché ou chez le boucher. Et c’est sur ce trajet que devant leurs yeux vont défiler 500 ou 600 images. Sur leur parcours, il y aura peut-être seulement dix affiches qui vont accrocher leur rétine, soit parce que l’affiche aguiche l’œil, soit parce que le passant a un intérêt particulier pour le sujet.

“Mais toutes ces images, ce sont des viols rétiniens ! Je veux dire : on n’a pas demandé à les voir. Les agences de publicité dépensent beaucoup d’argent pour s’imposer au regard d’une manière intelligente ou d’une manière vulgaire. Soit on flatte l’intelligence, soit on flatte les plus bas instincts. L’important, c’est de s’imposer dans l’esprit des gens qui n’ont rien demandé. Voilà. Que ce soit culturel ou publicitaire, pour vendre un dentifrice, une pièce de théâtre ou un avis politique : c’est la même chose.”


"Affichiste ? Le mot est démodé.
Graphiste ? Le mot est trop technique.
Artiste ? Le mot est trop prétentieux.
Publicitaire ? Pas d’insulte s’il vous plaît.
Je ne suis pas sûr qu’il y a un mot qui définisse mon activité.
"
Alain Le Quernec

 

Devenir affichiste ?

“L’affiche, c’est un média d’un autre siècle, raconte Alain Le Quernec. Et il faut vivre avec son temps !”. Lui qui déplore “la mort dans la plus totale indifférence de l’impression Offset” ne semble pourtant pas s’émouvoir de la fin de son métier. Il nous explique pourquoi. L’affiche est née avec la mise au point de la lithographie, un procédé d’impression - coûteux- qui consistait à exécuter un dessin gras (à l’encre ou au crayon) sur une pierre calcaire. Cette technique qui a vu le jour à la fin du XVIIIe siècle a ensuite évolué avec l’apparition de la profession de publicitaire au début du XXe siècle et l’apparition des premiers grands formats.

En fait, l’histoire de l’affiche est intimement liée à celle de la publicité. À peu près à la même époque (au début du XXe) se démocratise l’impression Offset, un procédé d’impression mélangeant jet d’encre grasse et eau sur une plaque d’aluminium. L’impression Offset possède l’avantage de tirer un grand nombre d’affiches en peu de temps. Comptez 3000 affiches environ en une heure. Et le tout à un coup quasi nul. Sauf que… le paramétrage de la presse Offset, lui, coûte très cher. Enfin un dernier procédé d’impression par pochoir - la sérigraphie - est utilisé par les affichistes. Beaucoup moins cher que l’offset, la sérigraphie est surtout une technique beaucoup plus longue, intéressante uniquement pour de petits tirages.

Et puis maintenant, l’impression numérique s’impose. Elle arrive à gagner en vitesse et en qualité, reléguant la sérigraphie à une lubie d’artistes et l’offset à une technique vouée à disparaître car devenue trop coûteuse…

 

L’affiche, toujours essentielle

“Quand je fais des workshops avec des étudiants je leur dis, ‘aujourd’hui l’affiche c’est ringard, c’est fini, ce n’est plus important’. Pourtant l’affiche demeure un exercice essentiel, même si elle se fait de plus en plus rare dans l’activité de graphiste. Pourquoi ?

Quand on est dans la rue, on voit défiler des tas d’images. Une image dispose d’une fraction de seconde pour harponner le regard et susciter l’intérêt et imposer son message. C’est vraiment très court. Pour qu’il soit capté en une fraction de seconde, le message doit être minimaliste. “Quand on doit dire qu’une seule chose, il faut que cette chose soit juste ou forte.” Les étudiants ont souvent l’impression que plus on en met, mieux c’est. Mais c’est tout le contraire ! Si vous rajoutez quelque-chose en vous disant que ça va être deux fois plus fort, vous divisez en réalité l’impact de l’affiche par deux. Quand on n’a rien à dire on dit plein de choses. Ou bien c’est qu’on ne sait pas choisir.” Or faire un affiche c’est choisir LA chose. Vous avez une feuille de papier, une idée, une image. C’est pour ça que l’affiche est un exercice minimaliste, qui requiert de surcroît beaucoup de poésie pour le choix des mots !

“L’affiche, c’est faire cet exercice intellectuel sur n’importe quel type de sujet : les enfants du Vietnam ou une marque de saucisses ; c’est pareil. Si vous êtes capable de faire une bonne affiche pour les enfants du Vietnam, vous serez capable de faire une bonne affiche pour les saucisses !” Voilà pour l’exemple. En fait, explique Alain Le Quernec, l’affiche est cet “exercice mental qui consiste à aller à l’essentiel. Un exercice d’ascétisme où l’on évite le bavardage. Et cette formation du regard et de l’esprit de synthèse est fondamentale pour le graphiste d’aujourd’hui.

La qualité d’un bon affichiste ?

Savoir se faire remarquer et en même temps se faire oublier. Ces qualités apparemment opposées sont en réalité réunies par le métier d’affichiste. Il y a un côté exhibitionniste (“regardez comme je suis beau, regardez comme je suis intelligent”) et un côté beaucoup plus discret. “Prenez l’exemple d’une maquette de journal. Les gens, quand ils lisent le journal, ils ne se disent pas “Ah que c’est moche cet empâtement” ! Ce qui compte pour eux, c’est de pouvoir aller le plus facilement possible d’une information à une autre. C’est comme la signalétique dans le métro : les utilisateurs pressés ne vont pas se dire ‘Ah que c’est beau ce jaune !’ S’ils peuvent suivre la signalétique facilement, c’est qu’elle est bien faite. Si le lecteur peut lire son journal facilement, c’est que la maquette est bien faite. L’affiche, c’est la même chose : il faut savoir se faire oublier et faciliter la lecture.

Un exemple de travaux récents ou emblématiques ?

“Une des affiches les plus réussies que j’ai faite et qui m’a rapporté trois prix internationaux, je l’ai réalisée pour la Fête du graphisme à Paris. Le thème était “Célébrer Paris”. Quarante affichistes du monde entier ont été invités à faire une affiche pour être exposés dans les abris bus de la ville. Chaque affichiste avait une surface d’exposition de 40 abris bus au total”. Pourquoi avoir choisi de faire une telle affiche ? “En général, quand on aime Paris, c’est connecté à une histoire personnelle, et cette histoire personnelle est en relation avec un lieu. Par exemple, j’ai connu Joséphine au Troca. Et ce souvenir sera toujours connecté avec cet endroit, ce bistrot, cette station de métro. Mon affiche traduit l’idée que je ne pourrai pas m’empêcher de repenser à cette histoire à chaque fois que je repasserai par cette station.

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Quand on demande à Alain ce qu’il met dans ses affiches, il réplique du tac au tac : “j’essaie d’être pas con”. L’inspiration ça vient “comme ça”, en fonction de la culture que l’on a. Ou plutôt précise-t-il en fonction de “la culture que l’on peut”. Vaille que vaille, il défend ses valeurs, dit ce qu’il pense, pour tenter de trouver “un espace de liberté dans l’espace de la commande”. Et puis c’est pas à son âge que ça va changer. “Je commence à faire partie de la génération des vieux cons. Bizarrement mon travail est reconnu internationalement, alors que tout mon boulot est fait depuis le fin fond de la Bretagne à Quimper. Certains de mes confrères graphistes me considèrent comme un plouc fini.” Mais Alain, lui, continue à se marrer. À 70 ans passés, il joue “comme un gamin de 6 ans” avec les lettres et les images.

Dans sa vie, ALQ a aussi fait quelques petites choses sans commandes, comme sa série Poster is paper réalisée dans les années 1970. “J’ai mené une réflexion sur la fragilité. (...) L’affiche c’est du papier. Quand ça sort de la machine c’est parfait, c’est impeccable. Alors que le papier c’est fragile, ça se déchire, ça se froisse.”

Une des plus rigolotes, c’est l’affiche qu’il a réalisée pour le tricentenaire de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg. Et récemment, il fait sa première affiche cinéma pour un film d’auteur intitulé La suite Armoricaine. “Je vous le conseille, la sortie est prévue le 9 mars prochain. Ca parle d’une Bretonne, une histoire bien.”

Ce qu’on retient du métier d’affichiste à travers les yeux d’Alain Le Quernec ? C’est que c’est un métier qui convoque autant de brillance que de malice, pas mal d’humour, un peu de culture, et, il faut l’avouer, beaucoup de cœur ! Un média dépassé, l’affiche ? On en n’est plus aussi sûr après avoir rencontré Alain Le Quernec.

 
   
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